SUITE À L’AFFAIRE MAHMOUD DICKO, LES SYNDICATS DE LA MAGISTRATURE MONTENT AU CRÉNEAU ET AMPUTENT L’INGÉRENCE DU GOUVERNEMENT À « UN ÉTAT DE FRAGILITÉ EXTRÊME DE NOTRE RÉPUBLIQUE ET DE NOS INSTITUTIONS »

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Décidément, l’affaire Mahmoud DICKO aura fait couler beaucoup d’encre et de salive et n’en est certainement pas à son dernier épisode. En effet, si la convocation avortée du puissant Imam, qui a finalement été annulée par le gouvernement, en plus des excuses de ce dernier, a été saluée par ses partisans, force est de reconnaitre que cette situation a créé des frustrations au sein des syndicats de magistrats. Brisant finalement le mutisme, ces derniers sont montés au créneau pour amputer l’attitude du gouvernement à « un état de fragilité extrême de notre République et de nos institutions », à travers un communiqué conjoint, datant du 05 mars 2020.

L’épisode rocambolesque de l’affaire de l’annulation, de façon unilatérale, de la convocation de l’imam Mahmoud DICKO, par le gouvernement, en plus des excuses de ce dernier, a certes fait des réjouis mais aussi de nombreux frustrés, à l’instar des syndicats de la magistrature. En effet, ces derniers, à savoir, le Syndicat Autonome de la Magistrature(SAM) et le Syndicat Libre de la Magistrature(SYLMA), à travers un communiqué conjoint, datant du 05 mars 2020, ont dénoncé cette attitude du gouvernement malien. Les magistrats regrettent d’une part, une immixtion dans le domaine du judiciaire, et, d’autre part, ils amputent cet acte de l’exécutif à « un état de fragilité extrême de notre République et de nos institutions ». Les syndicats fustigent, par ailleurs, l’inaction du gouvernement face à l’incivisme de certains citoyens, qui ont obstrué l’entrée du palais de justice de la commune V, afin d’empêcher que Mahmoud DICKO puisse y avoir accès.
Dans tous les cas, il faut noter toute la légitimité de cette réaction des magistrats, en considération des principes de la séparation des pouvoirs. À en croire les syndicats coalisés, prenant à la fois l’opinion nationale et internationale à témoin, cette situation traduit à suffisance l’état de déliquescence dans lequel se trouvent notre République ainsi que nos institutions.
Au regard de ce qu’il conviendrait de qualifier de coup de théâtre de la part du gouvernement, une seule question trotte à l’esprit du citoyen lambda malien dont celle de savoir pourquoi l’État n’a pas manifesté la même attitude à l’égard du prêcheur Bandiougou DOUMBIA qui, pourtant, s’est montré beaucoup plus sobre en propos incendiaires, si l’on venait à comparer son discours à celui de l’Imam DICKO. C’est d’ailleurs cette injustice criarde et palpable, que symbolise toute justice à deux vitesses, que voulaient éviter les magistrats avec la convocation de Mahmoud DICKO.
Une chose est certaine, est qu’à travers cette affaire, le gouvernement malien illustre parfaitement l’une des fables de la Fontaine intitulée « La cour du roi » où les animaux malades de la peste venaient confesser leurs fautes, et à l’issue de laquelle l’auteur avait laissé entendre la très célèbre conclusion suivante : « Selon que vous soyez puissant ou faible, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Et pour revenir donc à ce feuilleton politico-judiciaire, malien, à l’un des protagonistes, on a crié « haro » et à l’autre, on est allé au-delà de la simple minimisation des fautes, pour présenter des excuses après l’annulation de toutes formes de poursuites.
Encore une fois, par cette farce ridicule, puisqu’elle ne saurait en être autrement, c’est la démocratie malienne qui a pris un coup dur en reculant d’un bond de géant. De toute évidence, rien ne saurait justifier un tel acte émanant de l’exécutif si ce n’est la bêtise abyssale qui l’a inspiré. Quant aux effets de cette fuite en avant, retenons que, de frustrations en frustrations, c’est le tissu social qui continue de voler en lambeaux car c’est bien ce genre d’attitude qui a été à l’origine de profondes dissensions entre maliens et qui par la même occasion a favorisé l’éclosion du terrorisme dont nous avons tous des indigestions aujourd’hui.
Pour ce qui est du respect de nos institutions, c’est le lieu de rappeler au Président de la République, Ibrahim Boubacar KÉITA, l’un des slogans forts de sa campagne, pour son tout premier mandat présidentiel, à savoir : « La restauration de l’autorité de l’État. », dont il tympanisait tous les maliens, au cas où il l’aurait oublié..
Souleymane KONATÉ/Duniya Kibaru.Net

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