ÉDITO: LA PROBLÉMATIQUE DE L’HARMONISATION DE LA GRILLE SALARIALE : UN COUTEAU À DOUBLE TRANCHANT.

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Je me remets dans mon manteau d’analyste quantitativiste politico-economiste, communément appelé AQPE., pour ceux qui s’en souviennent.
Le comportement discontinu dans l’exercice de la puissance publique a ouvert la voie à une consolidation du pouvoir des syndicats.
Cela a eu comme corollaire :coups d’État, remaniements ministeriels intempestifs, promotion de la médiocrité au sommet de l’État, inconscience et insouciance de certains responsables politiques et même publics.
L’État a finalement eu le couteau à la gorge et ne pouvait que céder aux doléances des désormais puissants syndicats de la magistrature, de la police, des professeurs de l’enseignement supérieur et tout récemment de la synergie des syndicats de l’éducation majoritairement dirigés par des jeunes qui sont en phase avec l’actualité du pays.
L’octroi du statut autonome ou particulier à toutes ces forces a rendu le statut général insensé apparenté à une coquille vide.
La centrale syndicale historique, en l’occurence l’UNTM, n’était-elle pas en droit de tirer la sonnette d’alarme et prévenir sur le danger imminent qui guettait la cohésion sociale et chercher à ramener tous les acteurs à la raison et à la retenue.
De passage, il importe de rappeler ici et maintenant toute la légitimité qui entoure toutes les revendications catégorielles qui s’expliquent par une inflation galopante surtout ces derniers temps. On peut l’appeler la cherté de la vie dans le langage courant.
Cependant, il est nécessaire également de rappeler que la cherté de la vie n’est pas la seule cause des revendications tous azimuts.
On peut citer, entre autres, le niveau bas des salaires des fonctionnaires maliens, l’écart des salaires entre les agents de l’État, l’écart des primes, la corruption et surtout l’impunité lorsqu’on sait que nous sommes dans un monde plus informé que formé. Surtout avec l’avènement des réseaux sociaux où les secrets sont divulgués avec une facilité déconcertante.
Par ailleurs, lorsqu’on regarde dans le rétroviseur, on se rend compte que le problème remonte d’assez loin et ne peut être résolu instantanément.
En réalité, le gros du problème réside dans le fait que les salaires ne suivent pas la flambée des prix.
Pour rappel, le Mali a quitté l’UMOA en juillet 1962 de façon unilatérale tout en gardant la parité fixe avec le Franc CFA, chose devenue insupportable cinq ans après. En 1967, la jeune monnaie malienne fut dévaluée à moitié divisant ainsi le pouvoir d’achat de la population vis-à-vis des autres pays de la sous région.
Dès lors, toutes les catégories sociales cherchent vainement à combler ce trou depuis près de 60 ans.
L’argent étant le nerf de la guerre et étant donné que les ressources publiques sont limitées, le Mali doit forger une discipline budgétaire élevée pour la gestion de ces maigres ressources.
De ce fait, en 1984, le Mali était obligé de revenir dans la grande famille UMOA en situation de détresse absolue.
Lorsqu’on revient au sujet brûlant de l’harmonisation de la grille salariale, il ressort clairement que dans la forme, c’est une très bonne chose mais dans le fond, la manière a beaucoup manqué.
Dans une telle situation, le bon sens aurait voulu l’organisation d’une conférence nationale autour de la question et que la décision qui sortira sera endossée non par les dirigeants mais par le peuple.
Dans ce cas de figure, toute autre catégorie qui s’opposera à cette volonté du peuple n’aura aucun soutien social.
Tel n’a pas été le cas, les syndicats ont appris tout comme les autres le décret pris en conseil des ministres portant harmonisation de la grille salariale. La cohésion sociale, l’appaisement du front social ne se décrètent pas mais se construisent, se négocient pas à court terme mais à long terme.
Dr Laya Amadou GUINDO, Maître-Assistant d’université, membre de la COFOP, Badenya ton et ADRN

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