COUP DE PROJECTEURS SUR LE Pr TITULAIRE, ZAKARI YAOU KAKA, L’HOMME DES GRANDES RÉFORMES À L’UNIVERSITÉ DES SCIENCES SOCIALES ET DE GESTION DE BAMAKO (USSGB)

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Contexte et justification de la rencontre

Aucune nation digne de cette appellation ne saurait se faire et s’imposer dans ce contexte de globalisation ou de mondialisation sans toutefois capitaliser sur ses propres ressources humaines. Il s’agit, en priorité, d’hommes et de femmes, dotés de compétences avérées, universellement reconnues et d’initiatives réformistes, resolument engagés pour la patrie, se projettant de façon irréversible dans une dynamique de construction nationale. Indubitablement, cette catégorie de citoyennes et de citoyens pour qui le don de soi est un devoir moral et qui sont inlassablement à pied d’oeuvre, afin d’un devenir radieux pour le pays, foisonnent dans nos entreprises, fussent – elles publiques ou privées, et, cela, dans tous les domaines d’activités. Cependant, le plus souvent, à défaut de reconnaissance à leurs sacrifices, ces compatriotes, à qui il est fait ici mention, se retrouvent dans bien des cas butés à des adversités tapies dans l’anonymat absolu ou confrontés à des antagonismes des plus irraisonnés qui s’érigent hélas en obstacles majeurs à leur lancée de bâtisseurs. Parfois isolés et indexés car incompris, ces combattants de l’ombre, victimes de leur indéfectible volonté de servir, dans les règles de l’art, la communauté, méritent que leurs actions soient connues, promues et vulgarisées afin d’en inspirer d’autres. Rôle qu’il revient aux médias de remplir en toute objectivité. Et, c’est dans cette ultime vision des choses que votre quotidien d’informations et d’investigations, Duniyakibaru.net, dans sa quête perpétuelle de promouvoir l’excellence au service du développement, s’est fait un devoir moral de consacrer, avec engouement, sa plume et toute son énergie à tous ces concitoyens, ayant placé le Mali au coeur de leurs préoccupations. Ainsi, notre action de médiatiser nos dévoués compatriotes se traduit par cette singulière rubrique dénommée « Coup de projecteurs ». À ce sujet, notre conviction ne souffre d’aucune ambiguïté, conviction selon laquelle la reconnaissance du mérite à travers la valorisation de patriotes déterminés, inconditionnels et intraitables, loin de vains éloges improductifs, ont toujours été les principes cardinaux sur lesquels ont été bâties les nations fortes et prospères. En effet, la promotion de citoyens modèles emporte l’avantage de constituer des repères pour la postérité, dans le cadre de la succession des générations car une jeunesse sans phare est encline à l’egarement. Le temps est peut-être venu de renoncer à persister dans une attitude fataliste consistant à ne rendre hommage à nos valeureux compatriotes, dans bien des cas, qu’à titre posthume, dans ce pays. À l’inverse, nous, Duniyakibaru.net, média malien, oeuvrant pour la refondation, suggérons de valoriser ces maliennes et maliens qui s’illustrent en bien, de leur vivant. Cela implique que soit sacrifiée, une fois pour toute, la médiocrité sur l’autel de l’excellence afin que devienne une réalité l’avènement d’un Mali nouveau. Ainsi, c’est pour sacrifier à la tradition et rester fidèle à cette conviction profonde et donc à notre ligne éditoriale que nous avons rencontré non sans difficultés un concitoyen, en l’occurrence, le Pr Titulaire, Zakari Yaou Kaka, premier Agrégé CAMES en science de gestion, qui s’incrit dans la droite ligne de notre démarche qui est celle d’illuminer, dans l’objectivité la plus crue, les bonnes actions, ainsi que leurs promoteurs et de les porter à la connaissance du grand public.

ENTRETIEN AVEC LE PROFESSEUR ZAKARI YAOU KAKA

  • Duniyakibaru.net: Bonjour Professeur et merci d’avoir consenti à nous recevoir en dépit de votre chronogramme, que nous savons véritablement chargé.
  • Pr Zakari Yaou Kaka: Bonjour. Je vous en prie, nous sommes à votre service.
  • Évoquant succinctement votre profil, vous êtes Maitre de conférence et le tout premier Agrégé CAMES en sciences de gestion option GRH Organisation et Stratégies au Mali, Membre du Comité Technique Scientifique, chargé d’évaluer les enseignants en passation de grade au niveau du CAMES, Enseignant à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion, Responsable du Laboratoire GRH Organisation et Strategies, Directeur de plusieurs thèses de doctorats engagés, aussi bien à l’interieur du pays qu’à l’international, Responsable du Centre Universitaire de Recherche sur l’Enseignement Scientifique (CURES), et, recemment, élevé au grade de Professeur titulaire par les plus hautes instances habilités en la matière. Aussi, ce prestigieux parcours, sans doute émaillé d’obstacles, suscite en nous la curiosité de savoir le sentier tracé en aval. Autrement dit, quelles sont les étapes franchies pour en arriver au stade actuel?
  • Avant tout propos, permettez-moi de rendre grâce à Dieu par qui tout est possible et de dire ceci: »Tout fleuve qui ignore sa source tarit vite ». Car, pour tout parcours, je reconnais être d’abord passé par le lycée technique de Bamako, couronné par un baccalauréat en génie – civil, ensuite j’ai arpenté les chemins de la Faculté des Sciences Juridiques et Economiques (FSJE). Puis par la grâce de Dieu car tout est Dieu, j’ai obtenu une bourse pour Dakar où j’ai passé deux ans après, avec succès, un Master de recherches en sciences de gestion. De retour au Mali, un an après, j’ai intégré la fonction publique. Ce n’est que deux ans plus tard que j’ai effectué la thèse de doctorat assorti de la mention Très Honorable avec Félicitations du jury. Et, l’année suivante, je suis parti pour le CAMES pour être Maitre-Assistant et devenir ce que je suis aujourd’hui.
  • Au sujet de votre départ pour le CAMES, n’était-ce pas une option risquée au regard de l’accès hermétiquement fermé à cette institution? Et, d’ailleurs votre action à l’époque vous a valu d’être sous les feux des critiques les plus nourries. Certains esprits pessimistes vous ont taxé d’être prétentieux car dubitatifs sur vos chances de réussir. Pour d’autres, votre jeunesse était un fort handicap qui constituait les prémisses d’un échec certain. En somme, l’aventure du CAMES, pour bon nombre dans votre entourage, était une mission impossible. Peut – on revenir un temps soit peu sur ce parcours, sans doute riche en enseignements pour vos cadets ?
    -Il est vrai que mon départ pour le CAMES a suscité de nombreuses réactions au nom même de la grandeur de cette institution et donc de la crainte qu’elle inspirait de part et d’autre. Mais, cest le lieu de le dire, nous maliens, de prime abord, ne croyons pas en nos capacités face à certaines situations même quand nous pouvons les surmonter. Le défi était titanesque, je l’avoue, cependant, j’étais déterminé et ma certitude de le relever se fondait sur la qualité des enseignements reçus par mes professeurs et je pense en priorité au Pr Papa Ousmane Kanté qui m’a vraiment galvanisé et à qui je rends ici un vivant hommage. Nos maîtres nous ont toujours inculqué les valeurs selon lesquelles pour purifier l’or, il faut le passer au feu. Il fallait bien que quelqu’un parte et je me suis projeté avec la ferme conviction de surmonter tous les obstacles pour me hisser à la hauteur du challenge.
  • Professeur, il est évident que vous ayez surmonté certaines difficultés lors de votre parcours au CAMES car nous sommes convaincus que cela n’a pas du tout été une promenade de santé.
  • En fait, je le concède car des difficultés, il y en a eu. Cependant, permettez-moi de juger inopportun de les exposer ici car celles-ci, non seulement, fondent l’essence même de la vie mais font désormais partie du passé. Ma reticence à évoquer les obstacles lors de mon parcours sur le CAMES se justifie par les abstentions que cela pourrait susciter notamment pour tous ces jeunes qui ambitionnent emprunter cette voie. Il faut regarder de l’avant en dépit de tout et avancer. Et je suis fort convaincu que les obstacles, quand on les affronte, peu importe le résultat, on en sort toujours grandi.
  • Professeur, que répondez – vous à ceux qui fustigent le CAMES d’être un réseau?
  • À ce sujet, je dirai tout simplement que si le CAMES est un réseau, force est de reconnaître qu’il ne recrute que les excellents; ce qui lui confère donc indéniablement l’attribut de bon système. Vous savez, je garde encore un amer souvenir du fait des propos tenus par des collègues venus d’ailleurs, invités chez nous, à des occasions et qui, de façon ironique, taxaient le Mali d’être un désert du fait qu’on ne comptait aucun agrégé CAMES en économie et en gestion jusqu’à mon agrégation en 2017. Le Mali est pourtant un grand pays. Bien évidemment, nos aînés qui nous ont encadrés avaient certainement opté pour une politique dont celle de décider de ne pas partir pour le CAMES, quoiqu’ils étaient bons. Autrement, s’ils ne l’étaient pas, nous autres ne serions pas là où nous nous trouvons aujourd’hui. Qu’ils trouvent ici toute notre reconnaissance. Le CAMES est une institution dont la crédibilité ne souffre d’aucune ambiguïté et c’est indéniablement le lieu où se forme l’intelligentsia du continent.
  • Votre statut d’ancien leader estudiantin au sein de l’AEEM vous a valu d’essuyer quelques préjugés fort peu élogieux de votre personnalité. Comment réagissez-vous à cela?
  • Je dirai plutôt que mon parcours à l’AEEM a été riche en enseignements. En effet, ce qu’il faudra retenir, c’est qu’à l’époque, nous avions un slogan qui scandait que: »N’est pas membre de l’AEEM qui le veut mais qui le peut ». Nous y avions adhéré par conviction car nous avions des idées à défendre ou une idéologie à faire valoir pour le bien être de l’environnement universitaire et par ricochet le développement de notre pays. En tout cas, ce que j’ai vécu au sein de ce mouvement a été une expérience gratifiante pour la suite.
  • Pourquoi avoir embrassé le métier d’enseignant plutôt qu’opter pour un poste juteux au sein de l’administration comme bon nombre de nos compatriotes, d’autant plus que la voix royale pour ouvrir toutes les portes c’est l’agrégation ?
  • À cette préoccupation, je répondrai que fort de l’accumulation d’un certain nombre d’expériences et de compétences, je me suis convaincu que la seule voix par laquelle je serais plus utile à mon pays et à tous ces jeunes maliens pétris de talent et armés de volonté, était de transmettre le savoir qui s’avère être le socle de tout développement. Par ailleurs, il faut reconnaitre que l’université est le creuset de formation par excellence de l’élite de tout pays.
  • Parlant d’enseignement supérieur, on vous attribue justement la paternité d’un certain nombre de réformes et d’initiatives entreprises au sein de l’Universite des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako(USSGB), depuis votre arrivée, pour pallier un vide notoire constaté. Vide qui avait valu au Mali d’être qualifié de désert par certains des collègues de la sous région en déplacement chez nous, dans le cadre de la collaboration. Pouvez-vous ou en dire plus ?
  • En fait, depuis notre arrivée entre 2010 et 2011, nous avons mis en place un Master de recherche en science de gestion et jusqu’a la date du 30 mars 2021 nous avions mis sur le marché plus de 100 Masters, répondant aux normes requises car les étudiants ont été encadrés sur la base de compétences à niveau international. Et, ces jeunes titulaires de nos Masters vont partout se frotter à d’autres. D’ailleurs ils participent à des colloques à dimension internationale. Cela atteste à suffisance que nous sommes à l’oeuvre et qu’on ne peut plus se permettre de sortir comme avant, juste pour faire un Master. Il faut dire qu’après la Grèce, les grandes portes sont ouvertes et nous avons aujourd’hui plus d’ouvertures à l’international que dans le pays.
  • Professeur, quid de la passation du grade de doctorat au niveau national? Nous savons que sous votre impulsion les thèses de doctorat se font aujourd’hui sur place à l’université des sciences sociales et de gestion de Bamako, sous assistance du CAMES. C’est bien une autre réforme majeure à inscrire à votre actif?
  • Disons que le Mali ne pouvait pas rester en marche de ces choses normalement reconnues à toute université digne de ce nom. Nous ne pouvions pas demeurer en reste, il nous fallait nous projeter et répondre ainsi à la norme internationale. En effet, lorsque nous faisons soutenir des impétrants, cela se fait avec la participation et la supervision des représentants du CAMES.
  • Professeur, vous êtes rapporteur du Comité Scientifique et Technique, une instance du CAMES habilitée à évaluer les capacités des enseignants à passer les grades et par ailleurs vous êtes encadreur pour de nombreuses thèses de doctorats aussi bien au plan national qu’international, vous faites office de consultant, vous siéger dans des instituts d’expert comptable, vous êtes évaluateur pour plusieurs revues scientifiques aussi bien en Afrique qu’en Europe. Toute chose qui nécessite une certaine crédibilité aussi bien morale qu’intellectuelle. À ce titre, cela devrait suffire à ralentir, voire freiner le flux, les déplacements de nos compatriotes en partance à l’étranger en quête d’une certaine catégorie de grade relevant pourtant de vos compétences. Cependant, tel n’est pas toujours le constat dans les faits. Une situation qui suscite de l’incompréhension. Qu’en dites – vous?
  • Avant tout propos, force est de respecter les libertés d’action individuelle. Cependant, cette situation, aussi regrettable qu’elle puisse paraître, traduit à suffisance le manque de confiance qu’exprime le citoyen lambda malien à l’égard de ses propres produits. Un complexe d’infériorité qui va certainement à l’encontre de la promotion des compétences au plan local. Il faut le dire, cette situation relève de l’ insolite en ce sens que nous sommes le plus souvent sollicités pour intervenir dans la passation de grades dans les pays vers lesquels certains de nos compatriotes se déplacent pour passer des thèses ou autres diplômes. Et, bien des fois, ce sont même les formateurs de ces universités d’accueil de nos concitoyens qui s’étonnent du choix de ces derniers d’aller passer les grades ailleurs alors qu’ils ont à leur disposition les mêmes compétences sur place, habilitées en la matière. Pour être plus concret, nous avons aujourd’hui, nous avons plus de 10 maliens sont en compétition pour le CAMES sous nos encadrements. On peut aisément dire que la mayonnaise a commencé à prendre.
  • Que répondez – vous à ceux qui pensent que vous allez vite en besogne dans votre inébranlable conviction de doter le Mali en docteur aussi bien au plan quantitatif que qualitatif?
  • Permettez-moi de remercier le bon Dieu qui se trouve en aval et en amont de tout pour m’avoir permis d’accéder au niveau où je me trouve en ce moment, en dépit de mon jeune âge. Indubitablement, le monde évolue et le Mali ne saurait rester en marge de cette dynamique, sous peine de se condamner à végéter à la traîne des autres. L’époque de nos aînés est bien différente de la nôtre, eu égard au perfectionnement et à la vulgarisation des moyens scientifiques. Fort de cela, on ne peut souhaiter imposer le rythme et les étapes subis, dans la quête de grades, par le passé, à la génération montante actuelle. On aurait forcement ce sentiment d’injustice à leur egard quand on s’encombre un temps soi peu de scrupules. Nous devons plutôt cultiver, dans ce domaine précis, un esprit conformiste si toutefois nous émettons ce voeux si cher d’emboiter le pas à tous ces pays qui ont amorcé leur virage vers l’émergence et nous retrouver comme eux dans le concert des grandes nations. Faudra-t-il le rappeler, nous avons mené d’âpres combats afin que survienne ce jour nouveau où les thèses de doctorat se font sur place chez nous, à l’universalité des sciences sociales et de gestion de Bamako, avec le concours et sous la supervision du CAMES. Cet heureux événement s’avère productif dans la mesure où nos jeunes encadrés et formés au plan local, dans le strict respect des normes conventionnelles internationales, répondent aux critères requis en la matière. En effet, la preuve irréfragable en est qu’aujourd’hui, nos jeunes docteurs ou détenteurs du Master, sortent se confronter à leurs pairs, au niveau régional ou international, en participant à des colloques à dimension internationale, séminaires ou autres activités à coloration intellectuelle afin de représenter honorablement le Mali lors des grands rendez-vous entre instances universitaires. Galvanisés par cela, rien ne saurait nous faire flechir dans notre lancée car nous sommes fort convaincus de l’existence d’adversités sur le chemin de l’excellence. Il est vrai que tout ordre nouveau engendre des antagonismes suite à des divergences d’intérêt. Nous devons plutôt prôner le conflit de compétence et non le conflit de leadership qui tue nos universités. En dépit de tout, il faut avancer et nous remercions au passage, tous nos collègues de la sous région et d’ailleurs qui ont toujours manifesté leur indéfectible soutien à notre cause dévolue à une Université de qualité et performante.
  • De nombreux titres ou grades universitaires sont parfois attribués à certains fonctionnaires, par excellence à titre honorifique, par le seul fait de l’État au Mali. Est – on en droit de penser que la possibilité de passer ces mêmes grades chez nous attenuera ce phénomène ?
    -Je profite de l’occasion pour dire à nos autorités que l’université c’est l’université et elle ne doit pas être politique et il faut savoir dissocier la valeur de la connaissance. Il faut savoir appeler les choses par leur nom et surtout éviter d’empieter dans le domaine de l’université.
  • Professeur, certaines opinions sont défavorables à la possibilité pour les professionnels de passer la thèse de doctorat. Bon nombre d’entre eux ont pourtant brillamment passé ce grade sous votre houlette. Que repondez-vous à cela ?
  • Qu’on se le dise, le système LMD ne pourra pas se faire sans les professionnels. À propos, de nombreux débats se font et pour lesquels je ne souscris pas. Que les professionnels qui ont la main reviennent faire la thèse, c’est là le sens de la fertilité croisée entre le factuel et l’argumentaire. De toute évidence, nous universitaires sommes théoriques tandis que les professionnels disposent de l’expérience; à ce titre, la force du LMD sera le maillage ou la conjugaison des deux éléments. Par ailleurs, reconnaissons que cela a le mérite de renformer les capacités de nos cadres déjà en fonction dans le but ultime de les rendre beaucoup plus productifs et compétitifs. Donc, les docteurs, à ce niveau, nous les formons et les préparons aux concours d’agrégation et, cette mission, nous a valu de recevoir des prix.
  • À propos de récompense, Professeur Zakari Yaou KAKA, vous avez été distingués de nombreuses fois, à l’international. Pouvez-vous nous en dire plus?
  • À ce sujet, je dirai que je suis très reconnaissant à tous ceux qui pensent que je le merite et qui ont tenu à m’attribuer des trophées. Cependant, je préfère ne pas en parler car je crois avoir fait ce qui est juste et je crois avoir simplement agi dans le cadre de mon devoir.
  • Au regard des réformes pertinentes et autres changements d’envergure que vous avez apporté au sein de l’Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako, ainsi que de vos de vos nombreuses prises de position relatives à l’organisation et au fonctionnement de ladite université, ne serait-on pas en droit de penser de vous que vous êtes un révolutionnaire ? Et, votre vision des choses n’a-t-elle pas affecté la qualité de vos rapports avec vos collègues ?
  • Vous savez dans une révolution ou dans la conduite du changement, il ya deux positions, à savoir ceux qui résistent au changement et ceux qui s’y opposent. Aux premiers, il faut leur expliquer car il se peut qu’ils comprennent, qu’ils soient éclairés sur le bien-fondé de la chose. D’ailleurs à titre d’exemple, bon nombre de ceux qui croyaient qu’il s’agissait d’une affaire de Zack ont fini par compendre. Pour les seconds, c’est-à-dire, ceux qui s’opposent, il faut les écraser et à défaut de cela, moi je les ignore, pour la seule raison que la vérité n’a pas besoin de défenseur, elle assure sa propre justice; et quelque soit la force de l’injustice et l’apparente sécurité dans laquelle elle se complait, l’heure de l’équité finira par sonner aux destinées du cadre individuel et collectif. C’est en fait cet esprit qui m’anime. Par consequent, le temps est venu d’avoir des enseignants de renommée internationale, qui soient de soildes couvertures pour nos impétrants quand ils sortent du Mali. En un mot, notre mission est de doter nos institutions et le Mali d’enseignants-chercheurs de valeur et de qualité selon l’optique quanti quali, sans tambours ni trompettes car l’université c’est l’univers et pour cela nous devons sortir et ne devons pas être seulement des enseignants au Mali. Et, à partir du moment où nous avons accepté le système LMD qui est un système d’évaluation qui donne la possibilité aux étudiants d’aller et venir, il faudrait s’assurer qu’un étudiant du Mali serait à l’aise au Burkina Faso, au Sénégal ou ailleurs. Pour cette raison, nous devons nous plier à une certaine rigueur et être exigeants envers nous-mêmes. L’université est par excellence le creuset de formation de l’élite du pays. Quand on me présente aujourd’hui, on dit le seul professeur agrégé et, j’en suis gêné, ce n’est pas une fierté pour moi; d’où mon combat pour qu’il y ait plusieurs agrégés qui contribueront au développement du pays, je ne veux plus être présenté comme le seul professeur de rang quand on sort. Mon souhait le plus ardent est que lors des rencontres internationales, la place du Mali ne soit plus vide et, pour ce faire, nous avons aujourd’hui beaucoup de Maître-Assistants qui participeront, cette année, au concours d’agrégation et je participe personnellement à leur évaluation. Il est important d’exprimer certaines réalités pour mieux avancer car comme on le dit souvent, « Le silence devant le crime a ses implications de responsabilité devant le crime commis ». En effet, ne pas dire les choses, telles qu’elles sont, sera un complot ourdi contre nous mêmes. Nous avons besoin de donner un autre rayonnement, une autre vision à l’Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako. Le fait de dénoncer ne signifie en rien que tout doit être remis en cause mais reconnaître par conséquent que la science avance par erreur redressée et corriger ces erreurs permet de se mettre dans une bonne organisation. Aussi, l’université est une organisation performante et l’organisation est une forme de coopération consciente et coordonnée par des individus dotés de limites. À cet égard, que les enseignants sachent qu’ils sont dotés de limites et ce sont ces limites qui amènent l’humilité en eux et les poussent à chercher. La recherche n’est pas linéaire et évolue en dents de scie, sinid soida. Alors, pour répondre à votre question, je dirai que si la révolution signifie le changement dans le sens de l’évolution positive des choses, qui consiste à se conformer aux normes conventionnelles internationales, je suis alors révolutionnaire. Pour ce qui concerne mes rapports avec les autres, sachez que ce combat, consistant à nous ouvrir à l’universel, n’a rien de personnel et pour cela j’avoue être en très bons termes, aussi bien avec mes collègues qu’avec les étudiants car hormis le langage de la science, j’accorde très peu d’importance aux autres considérations. En fait, mes rapports avec entourage sont excellents.
  • On vous reproche bien souvent, pour le grade que vous avez, votre trop grande proximité avec les jeunes. Certains vont jusqu’à dire que vous vous dévalorisez en restant trop proche des étudiants. Et apparemment ces mises en garde ne semblent pas modifier vos rapports avec la jeunesse. Comment expliquez – vous cela?
  • J’ai plusieurs fois été confronté aux critiques allant dans ce sens. Mais je soutiens mordicus que l’agrégé ne devrait ou ne saurait vivre en autarcie car cela contrasterait gravement avec sa vocation qui est celle de former et d’encadrer ses étudiants. Reconnaissons qu’il n’est pas aisé d’inculquer ses valeurs et son savoir à quelqu’un avec qui l’on a volontairement instauré de la distance. Ainsi, mon rapprochement avec les jeunes se justifie par le fait de vouloir m’impregner en priorité de leurs préoccupations et les satisfaire au mieux puis les pousser par la même occasion à épouser la science dans ce qu’elle a d’essentiel.
  • Professeur Zakari Yaou KAKA, parlant des jeunes, ils sont nombreux à se reconnaître en vous et à ne jurer que par vous. Vous incarner visiblement leur idéal de leadership. Autant Victor Hugo déclarait dans le temps: »Je serai Chateaubriand ou rien », ils sont bons nombres d’étudiants à laisser entendre: »Je serai Pr Zack ou rien. » À quoi peut – on imputer cette profonde admiration de votre personnalité qui frise l’adoration par vos disciples?
  • Croyez-moi, à cette question, je repondrai en prélude que le Mali regorge de jeunes beaucoup plus compétents que moi qui attendent seulement qu’on leur mette le pied à l’étrier ou qu’on leur donne la possibilité de s’exprimer pour avancer sereinement. J’en ai l’intime conviction car j’ai toujours milité pour l’indépendance de mes disciples. Aussi, je tiens fermement, et vous conviendrez avec moi, que tout général qui n’a pas de troupes est maudit. Le pire des échecs qu’on pourrait reprocher à un leader, c’est de partir sans former, sans assurer la relève en mieux; tout leader doit avoir la capacité de mobiliser indirectement. Pour votre information, sachez que je ne suis pas allé expressement vers les jeunes pour leur demander de venir faire la thèse. Ils ont plûtot été déterminés car convaincus par certaines réalités et actions qui les ont propulsé vers la voie de la thèse. Ce qui explique le fait que de 2017 à nos jours, j’ai plus de 50 docteurs au Mali et 30 dans la sous region, j’ai plus de 100 soutenances de thèse qui m’ont valu de nombreuses distinctions à l’échelle internationale et pour lesquels je préfère, pour des raisons personnelles, garder le silence.
  • Evoquant la réussite, il ne serait pas exagéré de dire que vous representez un modèle pour vos disciples. Vous avez honorablement gravi des échelons et non des moindres. À ce titre, quels conseils avez – vous à prodiguer à vos étudiants afin d’assurer la relève?
  • Je réitère mon voeux de voir un jour mes disciples me transcender en vertu du caractère élastique du savoir. La réussite est facile mais il faut la comprendre, la condition sine qua non est de choisir d’abord un métier moralement acceptable et licite puis tout faire pour s’y distinguer à travers courage, savoir – faire et abnégation, être motivé et se donner le temps. D’où la fameuse équation R=M(T+O), qui littéralement signifie que la réussite implique la motivation, et, pour cela, mettre en facteur le temps et l’organisation. Quand on réunit ces différents facteurs, rien ne peut nous arrêter car la réussite ne relève pas de la sorcellerie. Par aileurs, les jeunes doivent choisir des objectifs MALINS, c’est-à- dire, qui doit être Mesurable, Accessible, Logique, Indiduel, Négociable, Stimulable. Pour cause, tout objectif qui n’est pas mesurable ne sera pas accepté, tout objectif qui n’est pas accessible n’a pas de sens, tout objectif qui n’est pas logique ne sera pas compris, tout objectif qui n’est pas individuel ne verra pas l’engagement des autres, tout objectif qui n’est pas négociable frise la dictature, et enfin tout objectif qui n’est pas stimulable n’attire pas. Ma mission est de galvaniser les jeunes à prendre conscience de leurs potentiels et à s’imposer car dans ce pays, la jeunesse est le plus souvent en proie à des difficultés multiformes; en effet, les jeunes sont victimes du critère parfois irraisonné de l’âge qui les exclut d’office de certains avantages pour lesquels ils sont pourtant hautement qualifiés et compétitifs. C’est pourtant une couche sensible sur laquelle force est de capitaliser pour en faire un atout au service du développement.
    DE LA MENTION SPÉCIALE DE LA RÉDACTION
    Nous profitons de cette tribune, qui s’intitule « Coup de projecteurs », consacrée à nos dévoués et engagés concitoyens, pour réitérer notre conviction profonde selon laquelle la reconnaissance du mérite est une vertu. À ce titre, notre ferme engagement, à révéler au grand public et notamment au peuple malien tout entier les bâtisseurs de l’ombre, à l’effigie du Professeur titulaire, Zakari Yaou KAKA ne saurait faiblir. La grandeur du Mali dans le temps, aux yeux du monde, était tributaire des faits glorieux, fruits du patriotisme inconditionnel de tous ces hommes ayant oeuvré sans tambours ni trompettes pour la communauté. Par analogie, il est de notoriété publique qu’aujourd’hui, la vision, le leadership, le charisme et les compétences du Professeur titulaire, Zakari Yaou KAKA, que les étudiants appellent affectueusement Zack, ont permis l’avènement du CAMES à l’USSG de Bamako et donc son ouverture au reste du monde. Par ailleurs, ses actions ont favorisé la mise en place d’un laboratoire incubateur de jeunes talents et par conséquent l’éclosion de bon nombre de docteurs formés à l’échelle internationale. Et, depuis toujours, l’homme est à pied d’oeuvre pour insuffler, par l’unique langage de la science, une nouvelle approche, conforme aux normes conventionnelles, à son université afin de son rayonnement, au-delà de nos frontières. Des efforts louables en dépit de ses multiples sollicitudes à l’extérieur et un don de soi que le défaut de reconnaissance au plan national n’a pu égratigner. Cependant, son combat, comme il aime à le dire, c’est pour le Mali, la postérité, le progrès de la science et la reconnaissance divine, loin de toutes autres considérations. De toute évidence, la jeunesse notamment et le Mali doivent une fière chandelle à celui qui a toujours considéré l’université comme le creuset par excellence de formation de l’élite du pays.
    Souleymane KONATÉ / Duniya kibaru.net

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