10ÈME ÉDITION DE LA JOURNÉE CULTURELLE ET ARTISTIQUE : L’UNION DES ÉTUDIANTS EN PHILOSOPHIE (UEP) CONTRIBUE À LA RESOLUTION DE LA CRISE MULTIFORME QUE TRAVERSE LE MALI À TRAVERS LE THÈME:« L’APPORT DE LA PHILOSOPHIE DANS LA COMPRÉHENSION ET LA RESOLUTION DE LA CRISE MULTIFORME AU MALI »

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C’était le samedi dernier, 12 juin 2021, dans les locaux de la Chaine Grise à Niamakoro, que s’est tenu la 10ème édition de la journée culturelle et artistique de l’Union des Etudiants en Philosophie. Comme à l’accoutumée, les étudiants en philosophie ont toujours usé de leur domaine de prédilection afin d’apporter leur pierre à la construction de l’édifice national. C’est dans cette même optique que cette 10ème édition, qui n’a pas failli à la tradition, a sollicité l’expertise de deux jeunes Docteurs en philosophie, enseignants-chercheurs des Universités, tous experts des questions pratiques sur le rôle de la philosophie dans la société, pour co-animer la conférence placée sous le thème « L’APPORT DE LA PHILOSOPHIE DANS LA COMPREHENSION ET LA RESOLUTION DE LA CRISE MULTIFORME AU MALI ».
À l’ouverture de cette journée culturelle et artistique, le Secrétaire général de l’Union des Etudiants en Philosophie (UEP), M. Ibrahim BALLO, étudiant en licence philosophie, salua l’auguste assemblée, constituée d’universitaires, de membres de la société civile, de journalistes et d’étudiants. Pour le secrétaire général, la philosophie est un besoin vital, et, c’est ce fait qui a prévalu la création de l’UEP en 2005. Pour tout objectif, l’UEP vise à étendre la compréhension de la philosophie à toutes les couches de la société et la brandir tel un tremplin sûr vers la quête de la paix et la quiétude mondiale. C’est ce qui justifie d’ailleurs le choix du thème de cette 10ème édition. Il termina ses propos en les illustrant par cette célèbre citation d’un philosophe Anglais Bertrand Russell:« la valeur de la philosophie doit en réalité surtout résider dans son caractère incertain même. Celui qui n’a aucune teinture de philosophie traverse l’existence, prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays et de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison. »
Il faut rappeler que les temps forts de cette conférence ont été marqués par l’intervention d’une dame suffisamment éprise de la Métaphysique, en l’occurrence, Dr Françoise DIARRA, en service à l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako. Elle est détentrice d’un Master et d’un Doctorat de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest d’Abidjan (UCAO/UUA). Auteure d’une dizaine d’articles et de communications scientifiques basées sur les questions de la laïcité et démocratie, les droits de l’homme face à l’extrémisme violent et des questions de la reconnaissance de l’humanité de l’autre à la construction d’une paix durable. Notre conférencière est spécialiste du philosophe Hans Jonas. Dans son allocution, en tant que première conférencière, Françoise DIARRA aborde naturellement le thème central sous un regard métaphysique, c’est-à-dire « reconnaître l’humanité en l’autre ». Pour cette inconditionnelle passionnée de la métaphysique, le conflit interpersonnel, interculturel, interethnique au Mali est d’abord un conflit interne avant qu’il ne soit externe. La philosophie peut permettre à l’individu l’acceptation de l’autre en reconnaissant l’humanité en lui. D’après Emmanuel Levinas : « En regardant le visage de l’autre, tout ce que je dois voir, c’est l’aspect humanité. Parce que le dénominateur commun de tous les hommes, c’est cette humanité. » C’est en ce sens que notre conférencière explique et rappelle que « Nous sommes tous égaux en droits et en dignité ». Considérer l’autre, tel un frère ou une sœur en humanité est assimilable à « un chemin vers la fraternité ». Cette Fraternité est non seulement un vecteur de consolidation et de promotion du vivre ensemble, mais aussi de restauration et consolidation de la paix dans les cœurs et dans les esprits. Pour cela, il faut le dialogue franc entre les maliens. L’unité dans la diversité doit être le mot d’ordre de tous les maliens. Mais avant, il faudra tout d’abord faire une justice équitable et après le pardon et la réconciliation vont suivre de façon naturelle. C’est ce que notre conférencière résume en ses termes : « Sans justice, il n’y a pas de pardon. Sans pardon, il n’y a pas de réconciliation. Sans réconciliation, il n’y a pas de paix (…) Même s’il y aura la paix, ce sera une paix précaire ».
Le second conférencier, Dr Mamadou SOUMBOUNOU, également en service à l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako, est détenteur d’un Master et d’un Doctorat en philosophie morale et politique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Passionné de la philosophie politique, il est auteur de plusieurs communications écrites et spécialiste de Montesquieu.
Il a abordé le thème suivant: La rationalisation de la pratique démocratique dans le contexte malien. Ce spécialiste de Montesquieu fait une lecture politico-démocratique de la crise malienne à la Montesquieu en deux grands points à savoir « la démocratie à la malienne et ses maux propres » et « l’Éducation aux valeurs de la démocratie chez Montesquieu ». Pour Dr SOUMBOUNOU, les manières d’accéder au pouvoir au Mali sont inquiétantes, en seulement 60 ans d’indépendance, 5 coups d’Etat et les résultats d’élections démocratiques toujours contestés. À ce problème s’ajoute le fait qu’environ 70% de la population soit analphabète; cette triste réalité suscite la question de savoir si le choix de la majorité issu des élections émane véritablement de la volonté de ces derniers. Et, cette regrettable situation soulève l’interrogation suivante: »La démocratie est-elle compatible avec l’ignorance ? ». Nous pensons, du point de vue philosophique, qu’il faut une éducation aux valeurs de la démocratie au Mali. À ce sujet, le conférencier explique l’éducation aux valeurs de la démocratie chez Montesquieu. Selon lui, pour Montesquieu, « C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation ». Les premières lois que l’homme reçoit sont celles de l’éducation, elles nous prépare à être citoyens et toutes les familles qui composent l’État doivent être gouvernées en fonction des lois qu’il a prescrites. C’est donc, l’État le premier et le principal éducateur du peuple. Pour Dr SOUMBOUNOU, l’éducation doit être démocratique dans un gouvernement démocratique. La démocratie est le seul gouvernement qui ne tienne que par le patriotisme de ses citoyens. C’est ce que Montesquieu appelle la Vertu politique. Cet amour, pour que la génération future puisse en être imprégnée, il faut que la génération actuelle d’abord l’ait elle-même, en témoigne cette citation de Montesquieu « Ce n’est point le peuple naissant qui dégénère ; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus ». L’ambition républicaine est, selon Jean Lechat, l’unique désir « de rendre à sa patrie de plus grands services que les autres citoyens ». Mais c’est un acte très difficile, qui consiste à renoncer à soi-même. La démocratie est le seul gouvernement où le pouvoir est confié à chaque citoyen. Donc pour confier la tâche au peuple de s’autogouverner, il faut qu’il soit suffisamment instruit. Pour notre expert Dr Mamadou SOUMBOUNOU, une démocratie peut bel et bien conserver la forme démocratique dans ses institutions et n’être pas réellement une démocratie si ses citoyens cessent d’être démocrates. Nous réclamons tous la démocratie, est-ce sommes-nous tous démocrates ? Bref, ce que nous pouvons retenir de cet exposé est « qu’il n’y a pas de démocratie sans citoyens, sans démocrates. » C’est donc en s’éduquant à la démocratie que le Mali pourra définitivement s’éloigner de ces crises multiformes.
Cette conférence a vu la contribution d’éminents chercheurs en philosophie et sociologie dont Dr Belco OUOLOGUEM, Dr Souleymane KEITA, Dr Drissa FOFANA, Dr Vida TERIC, Dr Aly TOUNKARA et bien d’autres sommités encore. Pour Dr Belco OUOLOGUEM, Maitre de Conférences, spécialiste en philosophie chinoise (Confucius) et de la philosophie antique, non moins Directeur de l’Institut Confucius, « il n’y a pas de démocratie sans citoyens ». Les citoyens sont à la base et le fondement préalable de toute démocratie. Pour lui après le renversement du Président Moussa Traoré, le Mali devait commencer par fabriquer d’abord des citoyens, les républicains. Comme cela n’est pas fait, la démocratie au Mali ne peut fonctionner, et c’est ce qui explique ces différents coups d’État. Selon lui, la démocratie n’existera pas sans des citoyens républicains. Comme solution à la crise malienne, il propose de donner deux ans aux militaires, afin qu’ils accomplissent cette mission de citoyenneté. Qu’ils occupent tous les postes clés dans le but de redresser correctement la situation. Et que les politiques aillent se préparer pour les élections à venir.
Ce sont sur ces suggestions fortes et souveraines de la conférence que le rideau s’est refermé sur ce 10ème rendez-vous d’intellectuels. De toute évidence, le caractère salutaire de cette journée lui vaut d’être pérennisée car elle est la célébration de l’esprit, de la pensée et de l’humanité dans toute sa dimension.
Cependant, le philosophe, en dépit de son rôle prépondérant de veilleur et de critique social ne saurait être un magicien qui apporte des solutions miracles susceptibles de juguler les maux d’une société suffisamment gangrenée telle la nôtre.
Ainsi, le changement du Mali, tant souhaité, pour être une réalité, requiert surtout une révolution des mentalités à travers le sacrifice patriotique et la participation active du peuple dans toutes ses composantes.
Hommage bien mérité à nos illustres philosophes d’être redescendus dans le bafond pour illuminer le bas peuple tel qu’imagé par la célèbre théorie « Le mythe de la caverne » de Platon.
Vivement la prochaine édition.
Amadou BAMBA/ Duniyakibaru.net

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