5G ET IMPACT CARBONE: LE HAUT CONSEIL POUR LE CLIMAT TRÈS RÉSEVÉ

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Dans son rapport, il préconise des mesures pour imposer aux opérateurs de réduire leurs émissions de CO2.

Par Elsa Bembaron

Publié le 19/12/2020 à 06:00, mis à jour le 20/12/2020 à 13:16

La 5G a été conçue pour consommer jusqu’à dix fois moins d’énergie que la 4G, mais pose de nombreuses questions.
La 5G a été conçue pour consommer jusqu’à dix fois moins d’énergie que la 4G, mais pose de nombreuses questions. Sergio Perez / REUTERS

Le Haut Conseil pour le Climat a remis vendredi matin son rapport sur l’impact carbone de la 5G au Président du Sénat. Ce rapport a été réalisé à sa demande. Une proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental du numérique en France est aussi en préparation au Sénat. De son côté, le gouvernement présentera en février sa feuille de route pour un numérique écologique.

La nouvelle génération de téléphonie mobile pose de nombreuses questions en termes d’impact environnemental, alors qu’elle a été conçue pour consommer jusqu’à dix fois moins d’énergie que la 4G. La 5G risque-t-elle de faire augmenter les émissions de gaz à effet de serre (GES) en offrant de nouvelles capacités de connexions ? Ou va-t-elle au contraire avoir un effet vertueux en permettant de réduire les émissions d’autres secteurs, comme le transport ou le bâtiment?

Le HCC préconise notamment de mandater l’Autorité des télécoms (Arcep) pour inclure des contraintes environnementales dans les prochaines attributions de fréquences aux opérateurs. Pour mémoire, les fréquences dans la bande des 3,5 GHz viennent d’être attribuées aux opérateurs. D’autres vont bientôt l’être : les 26 GHz. La plupart des recommandations du HCC s’adressent d’ailleurs aux 26 GHz et non pas aux 3,5 Ghz. De leur côté, les opérateurs ont déjà commencé à prendre des engagements. Orange vise ainsi la neutralité carbone en 2040.

Nouveaux terminaux
Le rapport s’inquiète notamment du rythme de renouvellement des terminaux (smartphones, tablettes, montres connectées…) qui pourrait s’accélérer du fait de la 5G. Or, environ 75% des émissions de gaz à effet de serre du numérique sont liées à la fabrication de ces équipements. Une vague de renouvellement serait préjudiciable… Mais c’est encore loin d’être le cas. Les opérateurs télécoms et les fabricants contactés par le Figaro estiment que les consommateurs s’équipent en smartphone 5G à l’occasion d’un changement de téléphone – généralement quand le précédent ne fonctionne plus ou est cassé — mais pas qu’ils changent de smartphone juste pour avoir la 5G.

Le rapport évoque aussi des pistes alternatives au déploiement de la 5G. Par exemple, en zone urbaine, pour éviter de saturer les réseaux 4G, il faudrait déployer du WiFi… Mais cela pose d’autres questions en termes d’équipement et de sécurité, puisqu’un réseau WiFi est plus facilement piratable.

Un impact contesté
Il est aussi difficile d’évaluer précisément l’impact environnemental de la 5G, compte tenu «des incertitudes méthodologiques», relève le HCC. Ainsi, 30 minutes de vidéo en streaming représenteraient entre 0,018 kg CO2 et 0,197 kg CO2, en fonction de l’efficacité énergétique et de la consommation réelle des centres de données. L’équation est encore compliquée par le fait que les émissions de CO2 liées aux matériels informatiques et électroniques viennent à 99% de l’étranger, qu’il s’agisse de la phase de production ou de consommation, avec des data centers hors de France. Or, le mix énergétique de la France est très décarboné, grâce au nucléaire. Le HCC recommande néanmoins «une analyse plus approfondie de l’évolution de la demande d’électricité liée à la 5G, et plus généralement au numérique». D’autres experts demandent que les économies induites par les usages du numérique soient aussi prises en compte. Par exemple, si la consommation d’électricité augmente du fait du télétravail, il faut aussi prendre les économies réalisées du fait de l’absence de déplacements.

«On a besoin du numérique pour réduire les 96% d’émissions de CO2 des autres secteurs (industrie, bâtiment, transport, agriculture)» affirme ainsi Michaël Trabbia, le directeur innovation d’Orange.

Enfin, le HCC s’attaque à un tabou français, celui de la Net Neutralité, en évoquant l’utilisation des possibilités techniques offertes par la 5G (notamment le Network slicing) pour fournir des performances différentes en fonction des usages. Ce qui pose d’autres questions, concernant par exemple, la nature des usages à privilégier. Sachant que le Network slicing peut aussi s’effectuer en 4G…

Deux mondes s’opposent. Ceux qui estiment que le progrès et la technologie sont en mesure d’apporter des solutions aux enjeux environnementaux et les chantres de la décroissance comme seule porte de sortie.

Marc Fontecave, professeur au Collège de France plaide pour une « écologie de la connaissance ». Dans une interview au Point, il affirme notamment «si l’on regarde les chiffres, les progrès depuis vingt ans sont indéniables, les investissements existent, et il y a une réelle prise de conscience. Il est donc faux de dire qu’il ne se passe rien». Mettant en causse la «posture individualiste, profondément réactionnaire, ne repose sur aucune base scientifique» des adeptes de la décroissance… «Et ce nouveau marxisme, cette forme de religion, m’inquiète, car dans l’histoire de l’humanité, ces appels à plus de pureté, à une nouvelle morale ont conduit à des catastrophes».

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