CULTURE DU COTON AU MALI ET DÉGRADATION DE L’ENVIRONNEMENT : L’ONG ACALODE FAIT DES RÉVÉLATIONS ACABLANTES

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Le mardi 23 Octobre 2018, aux environs de dix heures, s’est tenu une rencontre entre l’ONG ACALODE (Appui aux Capacités Locales pour le Développement) et les représentants de la Commission Environnement du Conseil Economique et Social à son siège à Koulouba. Initiée par ledit conseil, cette rencontre d’informations portait sur l’impact négatif à long terme de l’agriculture extensive sur l’environnement et particulièrement la culture du coton.

champ de coton

Initiée par la commission environnement du Conseil Economique et Social, et tenue à son siège à koulouba, la rencontre d’informations fut présidée par le Président de ladite commission, Monsieur Daffé Amadou Sanoussi.
Après le discours introductif du président de séance, M. Molobaly Samaké, agronome et environnementaliste de son état, prit la parole. Il axa son exposé sur la culture du coton au Mali et les conséquences dévastatrices que celle-ci pourrait engendrer, à long terme, sur le cadre environnemental, au regard des techniques souvent très obsolètes utilisées par les acteurs du domaine. Ce spécialiste des questions environnementales, qui est aussi membre de l’organisation internationale 4 pour 1000, luttant contre le changement climatique, dénonça longuement les pratiques culturales consistant à l’extension des champs de coton sur de très grandes superficies et dont le rendement ne suit pourtant pas.
Il fit remarquer que malgré la pratique de la culture extensive du coton au Mali, durant les onze dernières années, aucune production n’a atteint les chiffres normaux de trois tonnes à trois tonnes et demi à l’hectare. Des chiffres que doivent cependant présenter, en toute logique, un champ normal. Contrairement à cela, aujourd’hui, les producteurs ne se contentent que des huit cents à neuf cent kilogrammes à l’hectare, pour la zone CMDT, et de cinq cents à six cent kilogrammes à l’hectare pour la Haute Vallée du Niger. La même situation est constatée pour la culture du maïs. En effet, cette céréale doit, dans les normes, produire les quatre tonnes à l’hectare alors que les productions, depuis longtemps, pataugent autour de moins de deux tonnes à l’hectare.
Pour discréditer l’agriculture extensive, l’agronome déclarera : « Cinq hectares de coton bien entretenus produiront mieux que dix hectares n’ayant pas bénéficié des mêmes conditions d’entretien. »
Cette pratique est donc néfaste et inopportune à plus d’un titre car selon lui, les paysans, le plus souvent, ne disposent pas de moyens nécessaires pour mettre en valeur toutes ces superficies qu’ils abattent. Par conséquent, ils n’entretiendront qu’une partie de la superficie défrichée à la hauteur de leurs capacités financières. Le reste du champ reste alors inexploité et au pire des cas abandonné. Par ailleurs, dénonçant certains comportements, il a avancé que des producteurs de coton n’hésitent pas à étendre leur champ, dans le seul but de bénéficier des intrants, subventionnés par l’Etat car la répartition de ces engrais étant fonction de la superficie abattue.
Dans cette situation précise, au pire des cas, seule une partie, des intrants reçus et destinés au champ de coton, lui sera affectée. Le reste sera employé ailleurs dans d’autres cultures différentes de l’or blanc. Cela est selon M. SAMAKÉ, le signe évident d’un gaspillage anonyme et invite les décideurs du domaine à plus de vigilance. Par ailleurs, il mit un accent très particulier sur l’utilisation d’engrais et autres pesticides qui ont la faculté, à long terme, de dégrader ou d’appauvrir les terres. A titre d’illustration, le cas du Sénégal fut cité relativement à la culture extensive de l’arachide dans ce pays. « L’arachide a tué le sol sénégalais » affirme- t –il. En guise de solution alternative à ces pratiques séculaires et néfastes sur l’environnement, l’agronome, suggéra, sur la base de recherches et d’expériences vécues sur le terrain, l’utilisation de superficies plus réduites avec toutes les mesures d’accompagnement nécessaires afin d’accroitre la productivité dans le domaine du coton. Cette solution aura non seulement l’avantage d’éviter la destruction abusive des forêts mais aussi la réduction de l’utilisation intempestive d’intrants de tous genres, à la longue, nuisibles au sol. L’enjeu ici est de maintenir la bonne santé de la terre et préserver l’environnement pour les générations à venir.

Recommandation de restriction

À ce sujet, il tira sur la sonnette d’alarme en ces termes : « Si les paysans ne changent pas de comportement qui consiste à l’extension abusive des champs, nous serons obligés de nous arrêter un jour car il n’y aura plus de forêt et plus rien pour nos descendants.».
Pour cet environnementaliste chevronné, si le Mali a été classé premier, en Afrique cette année, pour sa production de coton avec sept cent vingt-six mille cinq cent tonnes, c’est bien parce que nous avons utilisé un nombre d’hectares de superficie équivalent à ce chiffre ou même plus. « Le jour où le Mali produira un million de tonnes de coton, cela signifierait que nous aurons utilisé plus d’un million d’hectares de terre », dixit M. SAMAKE. Multipliant les solutions de remédiation à cette descente aux enfers, il évoqua le système de gestion durable des terres dont le but est de réparer les dommages causés à la terre et à l’environnement. Par ailleurs, toujours dans le cadre des dysfonctionnements du secteur, l’agronome souleva l’épineuse question du financement alloué à la lutte pour préserver le patrimoine forestier.
À propos, il fit remarquer que les acteurs au secours de l’environnement tel que le ministère de l’environnement, de l’assainissement et du développement durable ne dispose que de 1% du budget national contre 15% pour le ministère de l’agriculture. Pour ce fait, l’orateur questionna : «Comment voulez- vous préserver notre environnement, lutter efficacement contre le changement climatique avec un écart aussi considérable entre le budget de ceux qui détruisent ou dégradent et celui de ceux qui sont censés réparer ou aider à préserver ? »
Après son intervention, M. SAMAKÉ cédera la parole à son collègue M. Daouda DOUMBIA, Conseiller économique et social, qui aborda dans le même sens que son prédécesseur avec même quelques points de renchérissement. Cet autre environnementaliste et membre de la Commission développement rural, il reconnut qu’après plusieurs missions effectuées sur le terrain, les mauvaises pratiques culturales représentent de sérieuses menaces permanentes pour la flore et la faune du fait de la destruction incontrôlée de l’habitacle naturel de la gente animale.
Selon ses dires, dans la localité de Koutiala où la culture cotonnière est très intense, il faut, contrairement à une autre époque, parcourir des distances considérables pour rencontrer le moindre animal. Pour cela, il aurait même interpellé la CMDT face à l’utilisation anarchique de la terre. Et, la compagnie lui aurait laissé entendre que son rôle à elle se limitait à aider les paysans. Une façon pour cette structure de dire qu’elle n’est pas impliquée dans la question environnementale. Après quoi, un des conseillers en l’occurrence M. Cheick H. SIMPARA, enrichit le débat en évoquant la résilience avec le changement climatique et les combats menés à Banamba auprès des paysans afin de réduire les superficies à exploiter dans le cadre de l’agriculture. À ce sujet, l’expérimenté environnementaliste, en terrain connu, évoqua le système de cordon pierreux, efficace pour la régénérescence de la terre et de sa productivité. À l’issue de ces débats très instructifs sur le thème abordé, il ne serait pas exagéré de dire que si le Mali est premier pays producteur de coton en Afrique, il est aussi le meilleur destructeur de l’environnement. Un véritable contraste qu’il va falloir corriger afin que l’or blanc ne nous entraine dans des conditions climatiques dramatiques et irrémédiables.

Dégradation environnementale

Souleymane KONATÉ / Duniyakibaru.net

   

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