RÉVÉLATIONS ACCABLANTES DES LAURÉATS MALIENS AU CAMES: LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE EST-ELLE UNE PRIORITÉ DES PLUS HAUTES AUTORITÉS DU PAYS ?

4
1340

C’est ce samedi 24 octobre 2020 qu’a eu lieu la cérémonie de célébration des lauréats de l’Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako (USSGB), au concours du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement supérieur (CAMES). En effet, l’USSGB a fêté ses 11 nouveaux lauréats. Aussi, comme Le dit l’adage :  » L’arbre ne doit pas cacher la forêt « . En effet, cet événement a été aussi l’occasion de dévoiler le calvaire des enseignants chercheurs maliens candidats au CAMES par faute d’assistance de la part de nos plus hautes autorités.

Après la parution des résultats de la 42ème session des Comités Consultatifs Interafricains (CCI) du CAMES le 09 Octobre dernier où 70 maliens avaient réussi leur inscription sur les listes d’aptitude. L’occasion était pour le Recteur de l’Université des Sciences Sociales et de Gestion d’organiser ce 24 octobre une cérémonie de félicitations des 11 lauréats de son Université. Ladite cérémonie a eu lieu sur la colline de Badala dans l’enceinte de la Faculté d’Histoire et Géographie au cours de laquelle tous les lauréats de l’année passée étaient invités. Une première pour l’USSGB. Cette cérémonie a été un espace d’échange d’expériences et d’exposition des difficultés pour faciliter les préparations des concours prochains du CAMES.
À partir de 10 heures, au présidium, l’on pouvait noter la présence du Recteur de l’USSGB, le Professeur Balla DIARRA, le Président du Conseil d’Université de l’USSGB, le Professeur Amadou DIALLO et l’ancien Recteur, le Professeur Samba DIALLO. Sous la modération de Mariam KONÉ, chargée de communication du RECTORAT, le Professeur Balla DIARRA prit la parole. Il souligna que sa joie du moment est moins le fait que cette rencontre soit pour lui l’occasion de discuter d’avec les professeurs de problèmes relatifs aux violences universitaires ni de difficultés inhérentes au fonctionnement de l’Université mais plutôt la célébration de l’excellence. L’Excellence car il s’agit bien ici d’honorer les lauréats d’une compétition internationale de recherche scientifique. Quant au Recteur, il a tenu à préciser que cette occasion était une promesse faite depuis le début de son mandat, et que l’excellence sera toujours encouragée tout au long de son mandat. Il réaffirma encore que son souhait est de ramener à l’USSGB, parmi les meilleurs de la sous-région à travers la qualité de sa recherche et de sa formation. Tout en qualifiant les lauréats de Héros nationaux, il les encourage et les exhorte à aller vers la recherche de qualité, et que s’agissant de lui, son soutien indéfectible à la recherche ne fera pas défaut aux enseignants chercheurs.
Après les acclamations à ces déclarations, la porte-parole des lauréats, précisément F. COULIBALY, a remercié le Recteur et toutes les hautes autorités en charge de l’enseignement et de la recherche. Au nom des lauréats, elle a mis en évidence le besoin pressant de la recherche à l’USSGB. Bien sûr que les chercheurs sont prêts et engagés, mais ils manquent d’aide à la recherche, à la publication et surtout la carence de salles ou de bureaux équipés pour la recherche. Les lauréats sollicitent ainsi auprès du recteur davantage de soutien à la recherche sous toutes ses formes afin de mieux subvenir aux besoins des lauréats et futurs lauréats.
Ayant pris la parole, l’ancien Recteur, le Professeur Samba DIALLO, félicita et encouragea les lauréats tout en précisant qu’on n’a pas le choix que d’aller en compétition à l’international si l’on veut rehausser la qualité de notre recherche. Tout en restant sensible aux doléances des lauréats, il souligna que le recteur a déjà posé des actes hautement significatifs par le fait d’avoir trouvé une ligne budgétaire en faveur de la recherche, même si le financement reste très insuffisant. Aux différents candidats, il appelle à plus de persévérance dans l’optique de sauver l’honneur du Mali à travers ces propos galvanisants : « Ne relâchez pas pour faute de financement complet de la recherche car aucun pays ne peut financer à 100% la recherche scientifique ».
C’est après son intervention que le Professeur Amadou DIALLO, Président du conseil d’Université de l’USSGB salua ses cadets, les deux Recteurs d’avoir tout dit et tout fait pour l’amélioration de la qualité de la recherche et de la formation dans l’Université. Il argumenta qu’à son époque, les lauréats CAMES venaient uniquement de la faculté de médecine et de pharmacie et qu’ il est heureux de voir aujourd’hui que toutes les disciplines sont citées parmi les lauréats du CAMES. Il avança que mieux les candidats sont qualifiés pour une telle tâche, mieux les produits issus de cette tâche sont meilleurs. Une manière pour lui de dire que si l’on voit aujourd’hui les jeunes enseignants chercheurs être des lauréats du CAMES, cela traduit le fait que les étudiants qu’ils forment sont également meilleurs.
Dans la foulée, nous nous sommes entretenus avec un certain nombre de lauréats. De cet entretien, il ressort que certes les lauréats remercient les autorités pour les encouragements à eux adressés mais ils dénoncent ou regrettent tous le manque d’accompagnement. « L’Etat ne s’intéresse pas à nous, affirme un ancien lauréat, et il se félicite après de nos réussites. Le peu d’accompagnement que nous devons recevoir est conditionné à une demande. Ensuite, il faudra longtemps patienter pendant le suivi des dossiers qui n’aboutit même pas souvent ; ou, dans les meilleurs des cas, le candidat lui-même paye ses frais pour revenir suivre encore ses dossiers pour se voir rembourser des mois après. Nos communications sont très souvent sélectionnées pour présentation à l’international avec nos homologues, mais nous ne recevons pas d’aide en termes de frais de transport pour y aller, même après demande et justification auprès du Rectorat. » « J’ai eu à financer moi-même mes frais de déplacement et de séjour pour des communications internationales », affirme un autre lauréat, et nous trouvons là-bas que nos homologues sont soutenus par leurs universités. Je pense que l’université doit soutenir au moins les frais de voyage des chercheurs dont les communications de recherche sont sélectionnées pour les séminaires et colloques nationaux et internationaux. Nous n’avons même pas de connexion Internet de qualité pour nos recherches. Comment peut-on, dans ces conditions faire le maximum de réussite ? Les lauréats peuvent être doublés, triplés voir même quadruplés si les chercheurs maliens sont accompagnés. L’effort fourni pour la recherche de financement de nos travaux est vraiment très faible. Par ailleurs, les démarches et la justification administrative pour l’obtention de ce peu d’aide fait plus que le double du temps de recherche. Bien sûr que nous n’allons pas lâcher la recherche, mais il est bon de souligner les conditions dans lesquelles nous travaillons et qui nous empêchent d’ aller au-delà de ce que vous voyez… »  » Vous savez, depuis 2018, le Mali n’est pas à jour dans ses cotisations, réplique un des lauréats, ce qui fait que beaucoup de lauréats n’ont pas accès à leur attestation. En effet, une cotisation doit être payée pour chaque candidature par les autorités en charge de la recherche scientifique.
À l’issue de ces différentes réactions, même si le Rectorat se félicite des avancées faites dans l’accompagnement, les enseignants chercheurs trouvent cela presqu’insignifiant. De toute évidence, cette situation pousse à se demander si la recherche scientifique est véritablement une priorité des gouvernants. Car, à entendre les deux parties, le budget alloué à la recherche et à l’accompagnement des chercheurs reste à revoir si l’on veut voir le maximum de chercheurs maliens aux prochains concours du CAMES.
Aussi, si l’émergence de toute nation est tributaire de ses ressources humaines de qualité, un accent très particulier doit donc être mis sur la recherche scientifique. Et, en la matière, aucun sacrifice ne sera de trop.
C’est par un déjeuner offert par le Rectorat que se termina la cérémonie.
Amadou BAMBA/Duniya kibaru.net

4 Commentaires

  1. Merci pour cette information fleurissante sur l’avancée galopante du système éducatif malien. Jusqu’à présent, il en reste beaucoup à faire. En ce sens, les bibliothèques sont pauvres en livres pertinents pour les nouvelles et sur les nouveaux modules créés dans les universités du Mali. Ça ira.

    • Merci encore une fois de plus de cette contribution significative. La dénonciation sera toujours au rendez-vous dans cette tribune que nous mettons à votre disposition. Notre combat pour une école malienne assainie reste à jamais d’actualité. Merci M. KASSONGUÉ

  2. C’est une excellente initiative si elle pouvait être étendue aux candidats promus par la CNELA car ils sont ces retenus de cette voie de la CNELA, ceux qui vont encore faire l’autre validation du même dossier pour être retenus agrégés.
    L’autorité de doit d’être neutre et au juste milieu pour aider l’enseignement supérieur et la recherche scientifique au Mali.
    Que Dieu Soit Satisfait de nous sur le bon chemin !
    Dr BA Mamadou PhD
    Enseignant-Chercheur

    • Merci beaucoup Docteur Mamadou BA pour cette contribution de taille. L’une de nos préoccupations majeures reste l’assainissement de l’Université du Mali. Sachez Docteur BA que vos contributions, interventions ou suggestions seront les bienvenues à travers cette tribune qu’offre le site Duniya kibaru. net

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici