L’ÉCRITURE NE NOURRIT PAS OU NE FAIT PAS VIVRE AU MALI : LES AUTEURS EN PARLENT.

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« Être écrivain, être auteur », tel était le thème d’une conférence organisée par les jeunes esprits de la littérature malienne (JELMA), ce samedi 21 mars 2020, à la bibliothèque nationale de Bamako.

Soucieux de la survie de l’écrivain et de l’éditeur, dans le but de remédier aux difficultés dans l’univers de l’écriture, le JELMA a décidé de donner la parole aux acteurs afin qu’ils puissent s’exprimer et d’exposer les problèmes auxquels ils ont été confrontés. Quatre éminents écrivains et éditeurs Maliens ont été appelés à la barre, chacun dans son domaine respectif a essayé d’apporter la lumière sur certaines interrogations. Les hommes de plume, c’est-à-dire les écrivains invités sont entre autres : Daouda TÉKÉTÉ et Adama Fankélé TRAORÉ, tous auteurs de plusieurs ouvrages. Du côté des éditeurs, Serges Cyrille KOOKO, directeur de publication de la maison d’édition INNOV ÉDITIONS et Sory Ibrahima MALLÉ, PDG des éditions PROSTYLE étaient invités.
Du début à la fin, plusieurs problématiques ont été abordées à savoir : la difficulté qu’on rencontre dans l’écriture au Mali, les critères de publication, les erreurs d’orthographe présentes dans les livres après leurs publications et tant d’autres. Ayant été victimes lors de la publication de leurs premières œuvres, les éditeurs cités ci-dessus ont eu la volonté d’ouvrir des maisons d’éditions afin de permettre aux jeunes aspirant devenir écrivain de franchir, sans difficultés, le monde de l’écriture. Sans baisser les bras, en se disant << vouloir, c’est pouvoir >>, Ils sont parvenus à réaliser leurs projets avec le peu de moyens qu’ils avaient à leur disposition.
Ces éditeurs ont donné un espoir aux futurs écrivains, comme il est attesté par ce dicton :<< Le malheur des uns fait le bonheur des autres>>. Bon nombre de personnes ont vu leurs rêves noyer, s’envoler, briser à cause du manque de moyens pour accéder à la publication car, à l’époque, les frais étaient exorbitants. Certaines personnes ont attendu des années avant de voir leurs ouvrages. C’est le cas, par exemple, d’Adama Fankélé TRAORÉ qui dit avoir écrit son premier manuscrit depuis 1980. Finalement, c’est en 2012 qu’il est parvenu à se faire découvrir dans l’univers littéraire malien. Le public n’a pas le dégoût de la lecture, il s’intéresse moins à cet exercice qui est pourtant nécessaire.
Or, Nelson Mandela, ancien président de l’Afrique du Sud, a rappelé les apports de la lecture en ces termes : << Une nation qui lit, est une nation qui gagne. >>. Cette formule semble ne pas être comprise au Mali. Le constat est amer, après la publication des livres, ces produits ne sont pas le plus souvent consommés par les Maliens ce qui fait que beaucoup d’écrivains ont du mal à s’en sortir. À une question posée par le modérateur, un intervenant réagit, énergiquement, en martelant ceci : << Même si l’on donne gratuitement des livres au public, ils ne vont pas les lire. Les gens ne connaissent pas les valeurs des livres et ne donnent pas d’importance à la lecture. Pire, la majorité des enseignants et hauts cadres du pays lisent rarement, c’est décevant. >>. Daouda TÉKÉTÉ, quant à lui, pense que ce n’est pas seulement aux éditeurs de faire la promotion des livres, les auteurs doivent aussi contribuer à la promotion de leurs ouvrages, pour donner plus de visibilité à leurs produits. De même, Serges Cyrille KOOKO, éditeur affirme : << L’auteur est le premier promoteur de son livre. >>
Malgré cette mauvaise posture dans laquelle se retrouve l’écrivain, au fur et à mesure que les années passent, on constate du changement, surtout de nos jours avec la prolifération des maisons d’éditions telles que : Figuira Éditions, Innov éditions, Prostyle, la Sahélienne, Tombouctou et d’autres. Beaucoup de jeunes auteurs mûrissent et montent en puissance, ils parviennent à escalader la pente et à se faire publier facilement à des frais abordables. En ce qui concerne les critères de publication, les éditeurs donnent des informations nécessaires au public.
Cependant, les critères pour se faire éditer sont simples selon ces acteurs, il y a : << l’édition à compte auteur, à compte maison et à compte partenaire. >>, le choix revient à l’auteur du manuscrit. Au-delà des difficultés vécues par les écrivains suite au manque d’engouement du public pour les livres, les éditeurs ont dénoncé un fait majeur relevant des lecteurs eux-mêmes. En effet, ils souhaiteraient que les auteurs prennent le temps pour corriger leurs manuscrits avant de les apporter afin d’éviter certaines fautes car l’écrivain représente l’image de son pays.
À la fin de la conférence, une décision fut prise par le JELMA de suspendre toutes ses activités à venir à cause du COVID 19 pour le respect des mesures exceptionnelles édictées par le gouvernement.
Cette situation, dans laquelle se trouvent confrontés écrivains et auteurs, mérite l’implication des autorités afin de promouvoir non seulement la culture mais aussi valoriser les hommes de plume, dans un pays où le niveau intellectuel s’affaisse dangereusement au fil du temps.
Ousmane AMBANA/DuniyaKibaru

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